Grand Paris : Hugues Parant, Directeur Général de l’EPADESA revient sur le projet des Groues.

Posté par
Le Jeudi 1 octobre 2015
Dans Environnement, Grand Paris, Stratégie immobilière

JLL: Pouvez-vous nous rappeler les grandes étapes qui ont mené au lancement du projet des Groues ?

Hugues-Parant
Hugues Parant,
Directeur Général
de l’EPADESA

H.Parant : Le projet des Groues est issu d’un processus de maturation qui dure depuis une dizaine d’années. La confirmation par l’Etat du prolongement du RER E à Nanterre et de la création d’une gare au sein du secteur en est évidemment l’élément « déclenchant ». Dans ce cheminement, plusieurs étapes ont été franchies : au début des années 2000, l’EPASA (en charge de l’aménagement du projet Seine Arche) a reçu pour mission d’organiser le redéveloppement du secteur situé entre la Grande Arche et la Seine qui est marqué par de grandes infrastructures : aménagement des espaces nouvellement créés (Les Terrasses) sur l’autoroute A14 récemment enfouie, désenclavement d’îlots séparés du reste du tissu urbain comme le quartier des Provinces Françaises, celui de la Préfecture/du Conseil Général, les Groues ou l’Université.  L’objectif premier était de redonner une dimension urbaine aux différents sites en composant avec leurs difficultés respectives. Certaines idées avaient alors été proposées pour les Groues, imaginant ce secteur comme le prolongement des développements tertiaires de La Défense. Depuis 2010, après la fusion des deux établissements publics, et particulièrement depuis un an maintenant, l’EPADESA a travaillé au rapprochement des destins de La Défense et de Seine Arche pour créer un projet d’ensemble, proposant une solution différente du modèle urbain de La Défense. Le site des Groues fait désormais l’objet d’une nouvelle vision stratégique, celle du développement d’un nouveau quartier, développant un positionnement axé sur les nouvelles modernités, les attentes et les besoins des nouvelles populations, orienté vers les logiques collaboratives et offrant de ce fait des compléments renforçant l’attractivité de La Défense.

Depuis 18 mois, suivant cette nouvelle ligne directrice, il y a eu une remise à plat du projet en concertation entre l’Etat, l’Epadesa et la Ville de Nanterre. Une fois précisés les grands principes de positionnement clarifiant l’image souhaitée pour les Groues dans le futur et le rôle qu’il devait jouer à la fois pour Nanterre et pour la Défense, l’EPADESA a missionné l’agence d’urbanisme Güller pour élaborer dans l’année 2015 un « plan guide » pour le développement du quartier des Groues : ce « plan guide » n’est pas un « plan masse » ; il a vocation à définir un cadre de référence et de conception, à traduire et à décliner concrètement le  positionnement et les ambitions visés pour ce futur quartier ; il précisera les grandes orientations urbaines, programmatiques et environnementales, la future trame des espaces publics du quartier, ses phases de développement dans le temps, etc..

Le 9 juillet 2015, le protocole d’accord entre l’Etat et la Ville de Nanterre a été signé pour le projet des Groues. Nous entrons désormais clairement dans une phase opérationnelle avec l’approbation du dossier de création de ZAC au premier semestre 2016 et les premières commercialisations.

JLL : Après toutes ces années de réflexion, quel a été le facteur déclencheur pour le lancement du projet ? Le Grand Paris a-t-il eu une influence ?

H.Parant : L’impulsion principale vient en effet de l’arrivée des transports (EOLE en 2020, Grand Paris Express en 2025).. Les transports sont une donnée clé, des déclencheurs : sans desserte RER on ne peut pas envisager de livrer de nouveaux logements ou de nouveaux locaux destinés aux entreprises sur le quartier des Groues. C’est d’ailleurs pour cela que les 1ères livraisons ne devraient intervenir qu’au moment de l’arrivée d’Eole. Pour la ligne 15, l’enjeu est différent puisqu’il s’agit  de faciliter la connexion avec l’aéroport de Roissy, puis d’Orly en 2025 mais surtout d’offrir à l’ensemble des salariés et des visiteurs de la Défense un moyen d’éviter le passage par le centre de Paris. En définitive, les transports vont, non seulement rendre le site accessible, mais en plus renforcer sa dimension métropolitaine grâce à la liaison créée vers Paris (Eole). En outre, Eole comme la ligne 15 du Grand Paris Express renforceront les liens étroits avec La Défense puisque des gares nouvelles existeront à la fois aux Groues et à la Défense. Enfin, il ne faut pas oublier qu’en plus des transports, les nombreux développements en cours au pied de la Grand Arche, côté Nanterre, vont créer dans les années à venir un lien urbain et d’usage décisif pour lier les Groues et les Terrasses existantes à la Défense. L’Arena (salle de spectacles polyvalente de 40.000 places dans sa jauge maximale) sera livrée fin 2016, et autour d’elle, sur le périmètre des Jardins de l’Arche, de nouvelles écoles supérieures, la Tour des Jardins de l’Arche, l’hôtel Citizen M, l’opération Campus Défense ainsi que les premiers immeubles résidentiels de la Défense depuis plus de 30 ans, en construction, sans oublier la réouverture au public du toit de la Grande Arche en 2017…) seront autant de jalons dans la mise en œuvre du projet.

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JLL : Vous soulignez l’importance considérable des transports pour le site. Etes-vous certains de l’arrivée d’Eole en 2020 ?

H.Parant : Aujourd’hui nous sommes confiants de l’arrivée d’Eole aux Groues dans le calendrier annoncé. Le Premier Ministre a confirmé le financement du projet au dernier comité inter-ministériel sur le sujet en avril. Les premiers travaux sont en train de démarrer et les accords ont également été trouvés avec Unibail qui possède le CNIT implanté au-dessus de la future gare Eole de La Défense. Rappelons à ce sujet les enjeux d’Eole qui sont, d’une part, une nouvelle connexion efficace et directe avec Paris, notamment la gare St Lazare et la gare du Nord, d’autre part l’allégement du RER A de 10% via les deux nouvelles gares Eole du CNIT et de Nanterre La Folie, mais également une évolution déterminante dans les relations entre La Défense et le Mantois.

JLL : Quelle philosophie, quelles thématiques sont mises en avant pour le futur quartier des Groues ?

H.Parant : Clairement, les Groues, par la mixité développée, un cœur économique déjà présent, des usages urbains nouveaux et la volonté d’attirer des acteurs de l’innovation et de l’économie collaborative, sera un quartier apportant une nouvelle attractivité au quartier d’affaires de La Défense et apportera des fonctions qui n’existent pas ou insuffisamment sur la dalle. On parle donc de renforcer la mixité fonctionnelle du territoire avec plus de logements, d’équipements publics ou de bâtiments tertiaires qui viendront répondre à des besoins non satisfaits aujourd’hui. Il s’agit aussi de renforcer l’éco-système de La Défense avec des tiers-lieux, fab-labs, de l’économie circulaire, des lieux accueillant des start-ups etc. Tout cela en lien étroit avec les habitants qui s’installeront sur le quartier. L’objectif est également d’accompagner le parcours résidentiel des entreprises et de leur offrir des solutions adaptées à leurs besoins, y compris pour les nouvelles entreprises qui travaillent avec les grands groupes du quartier d’affaires. Les Groues doivent avoir la capacité d’attirer les nouveaux talents comme ceux issus de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense ou à répondre aux besoins des start-up, ou encore à proposer des solutions intermédiaires entre les bureaux classiques et les plates-formes d’innovation. Nous visons une nouvelle forme de complémentarité, la création de liens et fonctions plus urbaines et plus mixtes, avec les relais d’innovation dans une logique que La Défense n’a pas connue jusqu’à maintenant. Il s’agit au final, en liant les destins des deux quartiers, de rendre ce territoire plus agile et plus adaptable à la nouvelle économie.

 

JLL : Quelle programmation est alors envisagée pour le quartier ?

H.Parant : Le secteur des Groues au total présente un potentiel de développement de l’ordre de  630 000 m². Il sera clairement dominé par une programmation de logements (5 000 environ) mais ce sont environ 200 000 m² de locaux tertiaires qui pourront voir le jour sur la durée du projet. Pour les Groues, on parle d’animation de l’espace public, de créer la ville avec toutes les fonctions urbaines et de commerces de centre-ville. Les densités seront différentes selon les secteurs : autour de la future gare Eole / ligne 15, la densité sera plus forte en termes de constructions et de commerces que dans la partie ouest, « l’Oasis », qui comportera une part plus forte d’espaces verts.

Le projet comportera deux grandes phases. Tout d’abord au sud du site, côté Terrasses, un premier lot de 80 000 à 90 000 m² constructibles va être créé suite au décalage vers le nord du faisceau de voies ferrées et la restructuration de l’axe routier qui borde les voies. L’essentiel de la programmation de ce site sera tertiaire en raison de sa localisation. L’accès sera assuré par deux nouvelles voies faisant pont au-dessus du faisceau ferré. Toujours en 1ère phase, deux secteurs se développeront  : celui de la gare avec du tertiaire et du logement, et derrière « Challenge 92 » le développement d’un site moins dense essentiellement en logements. Enfin, le secteur du « Cœur des Groues » qui concentre aujourd’hui l’essentiel de l’activité économique du quartier ne sera pas concerné dans l’immédiat. Le but étant de conserver l’activité existante, d’inciter les entreprises en place à s’incrire dans la démarche d’innovation porté par l’Etablissement ; pour une partie d’entre elles, des solutions de report pourront être envisagées dans des zones d’activités limitrophes, plus propice à leur développement.

JLL : Quelles sont maintenant les étapes à venir ?

H.Parant : Nous concrétisons l’accord avec la SNCF, principal propriétaire foncier, ce qui nous permet par ailleurs d’envisager rapidement la cession de premiers lots constructibles permettant de livrer ces immeubles concomitamment à l’arrivée d’EOLE. Par ailleurs, d’ici la fin de l’année, le Conseil Municipal de la Ville de Nanterre délibérera  sur la révision de son PLU alors que l’EPADESA aura lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt auprès des opérateurs immobiliers. Nous souhaitons les interroger sur leur vision en termes d’innovation, de services, d’immeubles et fonctions du futur, etc. Le cahier des charges n’est pas encore figé, et nous souhaitons l’enrichir avec eux. Ensuite, compte tenu du calendrier, les 1ères charges foncières seront attribuées fin 2016 ou début 2017 pour que les premiers projets soient livrés en 2019-2020.

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